Nous sommes le 8 mars ! À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, partons à la rencontre des personnalités alsaciennes. Je vous présente trois portraits de femmes qui, bien qu’étant très différentes, ont un point commun et pas des moindres : elles se distinguent par leur parcours d’exception. Voici donc Amélie de Berckheim, Elsa Koeberlé et Katia Krafft.

Amélie de Berckheim, femme d’affaire


Portrait d’Amélie de Berckheim-Dietrich. © Henri Mellon/Association De Dietrich

Amélie de Berckheim est née le 15 juillet 1776 à Ribeauvillé en Alsace. Elle a vécu une enfance heureuse dans le château de Schoppenwihr, auprès d’une mère aimante. Cette dernière lui a donné à elle et à ses sœurs une excellente éducation entre littérature, langues étrangères, mathématiques, musique et arts. Les quatre sœurs développent leurs talents dans un milieu qui leur accorde la même éducation que les garçons. Inspirées par le poète Pfeffel de Colmar, elles forment le cercle littéraire de Schoppenwihr. Appelées les « Demoiselles de Berckheim », elles sont admirées des hommes.

Amélie montre déjà une forte détermination au quotidien qui laisse entrevoir un avenir radieux et singulier. En 1797, elle épouse l’industriel Jean-Albert Frédéric de Dietrich. Ce dernier est issu d’une dynastie industrielle alsacienne. Mais avec la révolution, l’entreprise des de Dietrich est en situation déficitaire. Amélie est associée aux affaires de la société par son mari. En plus de son rôle de mère, elle s’intéresse fortement aux affaires de l’entreprise et à sa modernisation amorcée par son mari.

À la mort de Jean-Albert Frédéric en 1806, Amélie veut poursuivre le travail de son mari. C’est sans hésitation qu’elle prend la direction de la société, les Forges du Bas-Rhin. Elle s’entoure de relations sûres issues de ses connaissances. C’est grâce à elle que la situation de l’entreprise se redresse : les usines retrouvent progressivement leur niveau de production d’avant la révolution. Cheffe d’entreprise, elle s’impose comme la « Dame de fer » de la Maison de Dietrich. Son parcours aboutit en 1827 à la création de la société « Veuve de Dietrich & Fils » qu’elle gère jusqu’à sa mort le 24 décembre 1855 à Strasbourg.

Grâce à son énergie infaillible et ses capacités intellectuelles, Amélie a été l’une des premières femmes d’affaires du monde industriel. Elle a sauvé le patrimoine des de Dietrich et a permis le développement des usines de son défunt mari. Aujourd’hui, le groupe de Dietrich a certes évolué mais existe toujours !

Elsa Koeberlé, poétesse et artiste peintre


Portrait de Elsa Koeberlé par Lothar von Seebach (Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg)

Issue d’une famille bourgeoise, Elsa Koeberlé, née le 2 août 1881 à Strasbourg, évolue dans un milieu artistique. Elle se plonge dès son plus jeune âge dans la poésie. À l’âge de 20 ans, trois de ses poèmes sont publiés dans la célèbre revue du Mercure de France sous son pseudonyme Sybil O’Santry. L’année d’après, elle fait publier son premier recueil de poèmes, La Guirlande des jours, dans le Mercure, toujours sous le même pseudonyme. En 1910, elle publie sous son vrai nom le recueil Des jours. Et quelques temps plus tard, son ami Pierre Bucher lui confie la rubrique « Lettres françaises » de la chronique les Cahiers alsaciens.

En 1914, lorsque la Première guerre mondiale éclate, elle fuit l’Alsace. Elle rejoint Paris et son amie Génia Lioubow avec qui elle entretenait une correspondance épistolaire. Elsa découvre et s’ouvre aux milieux culturels de Paris. Elle rencontre des personnes avec qui elle partage les mêmes goûts artistiques. Elle participe à la Revue alsacienne illustrée avec son ami Pierre Bucher.

Lors d’un séjour à Villeneuve, fin 1915, elle découvre l’abbaye Saint-André. Avec l’après-guerre, elle finit par quitter Paris en direction de Villeneuve-les-Avignon. Se retirant ainsi brusquement des milieux culturels qu’elle côtoyait, elle s’investit pleinement avec son amie Génia dans la rénovation de l’abbaye Saint-André. Ce sont elles qui imaginent ce lieu, avec des jardins, des terrasses, des statues, etc. Dans ce cadre de vie, Elsa Koeberlé se consacre à la peinture et reçoit des connaissances du monde littéraire et artistique.

Morte à Avignon en 1950, Elsa est connue pour ses poèmes qui font rejaillir son intelligence aiguë et son incroyable sensibilité. En outre, l’abbaye Saint-André est aujourd’hui classée aux monuments historiques.

Katia Krafft, volcanologue émérite

Katia Krafft et son mari Maurice

Née le 17 avril 1942 à Soulz en Alsace, elle se distingue dès le départ par son caractère bien trempé. À 14 ans, elle annonce vouloir devenir volcanologue, alors qu’il s’agit d’un métier d’homme ! Talentueuse, elle trace sa route pour atteindre ses objectifs. D’abord institutrice, puis professeur de mathématiques, elle poursuit ensuite par des études en physique et géochimie à l’université de Strasbourg pour devenir chimiste. Elle reçoit même, en 1969, le Prix de la Fondation de la Vocation qui encourage les jeunes dans leurs projets et leurs passions.

Elle épouse en 1970, le géologue Maurice Krafft. Tous deux passionnés par les volcans, elle peut enfin réaliser son désir de devenir volcanologue. Ils sillonnent ensemble le monde pour se rendre au cœur des volcans, prenant des risques et vivant des conditions extrêmes, dans le but d’œuvrer pour la démocratisation de leur discipline. En 25 ans, ils se rendent sur le terrain et travaillent sur plus de 175 volcans ! Cela leur vaut le surnom de « volcano devils » (les diables des volcans) qui leur est donné par les volcanologues américains.

Leur travail :

  • Invention du chromatographe de terrain pour analyser les gazs volcaniques
  • Travail de vulgarisation et de démocratisation des connaissances sur les volcans au travers de leurs images capturées et de leurs travaux
  • Sensibilisation aux dangers que représentent les volcans grâce à leurs travaux et films pédagogiques, soutenus par l’UNESCO : ceci contribue à sauver des milliers de vies

Le brillant binôme meurt emporté par une nuée ardente, alors qu’il filmait une éruption sur le Mont Unzen au Japon le 3 juin 1991. Engloutie par sa passion dévorante pour les volcans, c’est une mort bien poétique pour cette femme hors du commun. Katia laisse derrière elle des travaux enrichissants et a, pour sûr, contribué à teinter son métier, jusqu’alors exclusivement masculin, d’une coloration féminine.

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